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60ème anniversaire de la Déclaration des Droits de l'homme

10 décembre 1948- 10 décembre 2008

 

Universelle…

 

Internationale, était à l'origine son nom.  Interétatique et circonstancielle, elle était née d'une prise de conscience, à Yalta, le temps d'un rendez vous pour San Francisco.  Là, si les Nations unies avaient célébré à sept reprises "les droits fondamentaux de l'homme", c'est encore de façon incantatoire.  Le principe d'un catalogue des droits y fut concédé sous la pression des sociétés civiques que l'on n'appelait pas encore les ONG, plus que véritablement annoncé par Truman.

Connotée et datée ? Peut être.  Il ne s'agissait, à vrai dire, que du premier volet d'un triptyque au milieu de conventions à la force contraignante et de mesures d'application à venir. Partielle, certainement.  Mais, en apparence seulement.  Car c'est bien elle qui a eu le mérite de proclamer pour la première fois au niveau international, non plus seulement les droits civils et politiques, mais ces créances de la personne humaine sur la société : les droits économiques, sociaux et culturels, qui se résument en un seul, le droit égal à la dignité humaine.  Sans doute des droits nouveaux ont-ils depuis signalé leur acuité et leur urgence : le droit à l'environnement ou ceux nés de la bioéthique, les droits des handicapés, des personnes âgées… Mais la Déclaration doit s'apprécier davantage pour tout ce qu'elle a directement engendré, des Pactes obligatoires qui allaient venir pour la mettre en œuvre, en 1966, jusqu'à toutes les Conventions spécialisées ou régionales, qui se référent toutes au texte fondateur parce qu'ils n'en sont que les multiples surgeons.  Dès l'origine, ces droits avaient plus de substance que ne le croient les sceptiques : au-delà de leur force morale, depuis ils ont induit  le droit à un logement décent, le droit à un niveau de vie suffisant, inséparable du droit à l'eau, pour ceux qui n'y ont pas accès…

En ce sens, ils ne sont pas, comme l'a démontré le prix Nobel indien, Amartya Sen,  l'expression de simples" valeurs occidentales", mais le fruit d'un débat sans a priori de la part de ceux qui ont  rédigé en moins de dix huit mois cette œuvre collective, ce "Décalogue" laïc, bref et même poétique,  de trente articles,  et principalement les "géants" : René Cassin, bien sur, auteur dès juin 1947 d'un avant projet "ardemment" défendu à la suite du plan compilé par le canadien John Humphrey, mais aussi l'indispensable présidente, Eleanor Roosevelt, le libanais Charles Malik, féru de la loi naturelle de Thomas d'Aquin ou le chinois, Peng Chung Chang, pénétré de confucianisme, associés à un général philippin et à un diplomate argentin, qui ont voulu faire de la personne humaine un sujet de droit international.

Le 10 décembre 1948, au Palais de Chaillot, il y eut – nombre  prédestiné - 48 voix pour et 8 abstentions, mais pas une voix contre.  Lors de la Conférence de Vienne en 1993, 171 pays ont voulu re-proclamer l'indivisibilité et l'interdépendance de tels droits désormais indissociables.  Depuis ce sont les 192 pays membres de l'ONU qui s'y réfèrent. Et nul n'a jamais proposé une meilleure rédaction de ces articles, dont sont issus plusieurs générations de droits nouveaux et autour desquels se cisèle chaque jour davantage  une protection  renforcée du droit d'être un homme.

Proclamatoire, donc non obligatoire, et violée tous les jours ? Gaza, Darfour, Guantanamo… et partout, des libertés individuelles bafouées au nom de la lutte mal dirigée et disproportionnée contre le terrorisme ? Le préambule lui assigne un objectif toujours futur : "l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations".  La permanence du crime n'a jamais fait disparaître la nécessité du code.

Universelle, donc, tel est son titre.  Aucun autre texte n'aura droit à l'épithète.  Et là, il n y' a pas de querelle de paternité sémantique de la part de ceux qui ont minimisé le rôle de René Cassin.  A quelques jours de la signature, c'est lui qui avait obtenu - vieux rêve qu'il nourrissait, depuis ses cours en 1930, à l'Académie de La Haye - que la Déclaration ne fut plus seulement internationale, mais "universelle". Car c'était pour Cassin : "Un moment du droit des gens, protecteurs des hommes de tous les lieux, de tous les territoires, de toutes les confessions…" En un mot, des droits pour tous les hommes et pour tous les temps. A charge pour eux d'en préserver l'héritage.

 

            Bertrand FAVREAU

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